En cas de danger immédiat, appelez les secours : le 17 ou le 112 en France, le 101 ou le 112 en Belgique, le 117 ou le 112 en Suisse, le 911 au Canada. En France, si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114. Les lignes d’écoute de chaque pays sont listées à la fin de cet article. Si vous pensez que quelqu’un surveille votre téléphone ou votre ordinateur, lisez cette page sur un appareil auquel cette personne n’a pas accès.

Tous les couples traversent des moments difficiles : des disputes, des accès de jalousie, des malentendus, des périodes de distance. La plupart ne sont pas des signaux d’alarme. Un signal d’alarme, c’est un comportement qui menace votre sécurité, votre liberté ou l’image que vous avez de vous-même, surtout lorsqu’il se répète. Ce guide explique comment faire la différence, décrit les signes que signalent le plus souvent les chercheurs et les services d’aide, et indique où trouver du soutien.

Signal d’alarme ou conflit ordinaire ?

Dans une relation saine, chaque partenaire peut exprimer un désaccord, dire non et voir d’autres personnes sans avoir peur de la suite. Les disputes peuvent faire mal, mais elles prennent fin, et le couple trouve un moyen de réparer. Les travaux de John Gottman montrent que même les couples stables et heureux se disputent régulièrement ; ce qui compte, c’est la manière. Notre guide pour mieux communiquer en couple traite de cet aspect.

Un signal d’alarme est d’une autre nature. Il révèle qu’un partenaire prend le pouvoir sur l’autre par la peur, le contrôle, l’humiliation ou l’isolement. Une question utile à vous poser : est-ce que je me sens libre d’être en désaccord, de voir mes proches ou de refuser quelque chose, sans craindre les conséquences ?

La répétition compte davantage qu’un incident isolé. Beaucoup de relations violentes comportent peu ou pas de violence physique ; ce qui les définit, c’est une série de comportements qui, mis bout à bout, restreignent la vie de l’autre. Les spécialistes parlent de « contrôle coercitif ». En Angleterre et au pays de Galles, le comportement contrôlant ou coercitif au sein du couple ou de la famille est un délit depuis 2015. En France, le harcèlement moral au sein du couple est puni par le Code pénal (article 222-33-2-1).

Ces situations ne sont pas rares. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ une femme sur quatre âgée de 15 à 49 ans ayant déjà eu une relation de couple a subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire. Aux États-Unis, les CDC estiment que plus d’une femme sur trois et plus d’un homme sur six ont subi au cours de leur vie des violences sexuelles, des violences physiques ou du harcèlement de la part d’un partenaire. La violence conjugale peut toucher tout le monde, à tout âge, dans tous les types de relations.

Les signes qui doivent alerter

1. Un contrôle sur votre quotidien

Votre partenaire vous dit comment vous habiller, où vous pouvez aller et qui vous avez le droit de voir. Cette personne fouille votre téléphone, exige vos mots de passe ou suit votre position. Elle peut aussi contrôler l’argent : confisquer votre salaire, vous empêcher de travailler ou d’étudier, vous obliger à justifier chaque dépense. Le contrôle commence souvent par de petites choses présentées comme de l’attention (« c’est juste que je m’inquiète pour toi »), ce qui le rend difficile à reconnaître.

2. Un isolement de vos proches

Votre partenaire critique les personnes qui comptent pour vous, boude ou fait une scène chaque fois que vous les voyez, ou rend les visites si compliquées que vous finissez par y renoncer. Petit à petit, vous voyez de moins en moins de monde. L’isolement est un signal d’alarme en soi, parce qu’il vous prive des regards extérieurs et du soutien qui vous aideraient à y voir clair.

3. Une jalousie qui tourne à la surveillance

Une pointe de jalousie, c’est humain. Des accusations permanentes, des interrogatoires sur votre emploi du temps, des demandes de preuves, de la colère dès que vous parlez à quelqu’un d’autre ou une vérification constante de vos faits et gestes, c’est autre chose. On présente souvent une jalousie intense comme une preuve d’amour. Ce n’en est pas une : c’est une façon de restreindre votre liberté.

4. Le mépris, l’humiliation et la critique permanente

Moqueries, insultes, rabaissements devant les autres, « blagues » à vos dépens, yeux levés au ciel dès que vous parlez. Les recherches de Gottman font du mépris le meilleur indicateur d’un divorce à venir, même dans des couples sans violence. Quand il devient quotidien, il use lentement l’estime de soi, au point que l’on finit par croire les critiques.

5. Vous faire douter de votre propre mémoire

Votre partenaire nie des faits qui se sont produits, réécrit les événements ou vous répond que vous êtes « trop sensible » ou que vous « imaginez des choses » chaque fois que vous soulevez un problème. On parle souvent de gaslighting (ou détournement cognitif), d’après le film Hantise (Gaslight, 1944). La sociologue Paige Sweet le décrit comme une forme de violence psychologique qui vise à faire paraître la victime « folle » ou à le lui faire croire, et montre qu’il s’appuie souvent sur des stéréotypes, comme le cliché de la femme irrationnelle, et sur les fragilités de la personne visée. Certaines personnes trouvent utile de noter ce qui se passe, avec les dates, dans un endroit auquel leur partenaire n’a pas accès.

6. Des colères explosives et de l’intimidation

Cris, portes qui claquent, objets lancés ou cassés, coups de poing dans les murs, conduite dangereuse pour vous faire peur, porte bloquée pour vous empêcher de sortir. Même sans un seul coup, ces comportements visent à vous faire peur. Si vous avez constamment l’impression de « marcher sur des œufs » pour éviter la prochaine crise, prenez ce ressenti au sérieux.

7. Des pressions autour de la sexualité

Insister après un refus, bouder ou vous punir quand vous dites non, vous culpabiliser, considérer la sexualité comme un dû, refuser la protection que vous demandez. Le consentement peut être retiré à tout moment, y compris dans une relation longue ou un mariage. Un rapport sexuel imposé au sein du couple est une violence sexuelle.

8. Des menaces

Menaces de vous faire du mal, de s’en prendre à vos enfants ou à vos animaux, de vous enlever les enfants, de diffuser des photos intimes ou des secrets, ou de se faire du mal si vous partez. Si votre partenaire menace de se suicider, prenez la menace au sérieux et contactez les secours. Mais vous n’êtes pas responsable de ses choix, et rester dans une relation qui vous fait peur ne peut pas être le prix de sa sécurité.

9. Ne jamais assumer ses torts

Tout est toujours la faute de quelqu’un d’autre, le plus souvent la vôtre. Les excuses, quand elles viennent, sont suivies des mêmes comportements ; les promesses que « ça n’arrivera plus jamais » ne tiennent pas. Une personne qui n’accepte jamais sa part d’un problème ne laisse aucune place au changement.

Les signes d’un danger grave

Certaines situations justifient de demander de l’aide sans attendre :

  • Toute violence physique, y compris bousculer, gifler, immobiliser ou empêcher de partir.
  • Une strangulation ou un étranglement, même une seule fois, même sans trace visible. Dans une étude de Nancy Glass et de son équipe, les femmes victimes de violences qui avaient déjà subi une strangulation de la part de leur partenaire avaient plus de sept fois plus de risques d’être ensuite tuées par ce partenaire.
  • Des menaces avec une arme, ou un partenaire qui a accès à une arme à feu. Dans une étude menée dans onze villes américaines sous la direction de Jacquelyn Campbell, ces éléments figuraient parmi les facteurs les plus liés au risque d’être tuée par un partenaire, avec la séparation d’avec un partenaire contrôlant, le harcèlement, les rapports sexuels forcés et les violences pendant la grossesse.
  • Une période de séparation. Le risque peut augmenter au moment où vous partez ou annoncez votre départ. Ce n’est pas une raison pour rester, mais une raison de préparer ce départ avec un service spécialisé.

Ces deux études portent sur des femmes tuées par leur partenaire, mais les signaux qu’elles mettent en évidence méritent d’être pris au sérieux quelle que soit votre situation.

Si vous arrivez ici après l’un de nos tests

Un score de test reflète la façon dont vous percevez certains aspects de votre relation. Il ne peut pas détecter des violences : un score faible ne signifie pas que votre relation est violente, et un score élevé ne l’exclut pas. Ce qui compte, ce sont les comportements décrits plus haut et ce que vous ressentez au quotidien : de la sécurité et de la liberté, ou de la peur et le sentiment d’être sous surveillance. Si vous voulez simplement savoir à quoi ressemble une relation saine et aimante, notre article sur les signes que votre partenaire vous aime vraiment les décrit.

Ce que vous pouvez faire

Faites confiance à ce que vous ressentez. Si vous avez souvent peur, si vous pesez chaque mot avant de parler, si vous ne vous reconnaissez plus, c’est une information, pas une exagération.

Parlez-en à une personne de confiance : une amie ou un ami, un membre de votre famille, votre médecin. Mettre des mots sur la situation aide souvent à y voir plus clair.

Contactez un service spécialisé. Les lignes d’écoute sont gratuites et confidentielles, et personne ne vous poussera à faire quoi que ce soit avant que vous vous en sentiez capable. Elles peuvent vous aider à préparer un plan de sécurité (où aller, quels documents garder à portée de main, comment protéger vos enfants), même si vous n’envisagez pas de partir pour l’instant.

Méfiez-vous de la thérapie de couple. Elle peut aider des couples en conflit, mais de nombreux services d’aide la déconseillent en cas de violence ou de contrôle coercitif, car ce que vous dites en séance peut être retourné contre vous ensuite. Un accompagnement individuel est généralement un premier pas plus sûr.

Si vous vous inquiétez pour une personne proche, écoutez sans juger, croyez ce qu’elle vous confie, évitez de la presser de partir et transmettez-lui les ressources ci-dessous. Quitter une relation violente prend souvent du temps, et garder le contact est l’une des choses les plus utiles que vous puissiez faire.

Si vous vous reconnaissez dans ces comportements, ce constat est déjà un premier pas important. Les services ci-dessous peuvent aussi vous orienter vers des programmes destinés aux personnes qui veulent changer leur façon de se comporter dans leurs relations.

Où trouver de l’aide

  • Urgences : 17 ou 112 en France (SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler), 101 ou 112 en Belgique, 117 ou 112 en Suisse, 911 au Canada.
  • France : le 3919 (Violences Femmes Info), gratuit, anonyme, 24 h/24 et 7 j/7, pour les femmes victimes de violences et leur entourage. Le 116 006 (France Victimes), numéro gratuit d’aide à toutes les victimes. Signalement en ligne et échange par tchat avec des policiers et gendarmes formés sur arretonslesviolences.gouv.fr.
  • Belgique : Écoute violences conjugales, 0800 30 030, gratuit et anonyme, avec un tchat sur le site.
  • Suisse : l’aide aux victimes, joignable dans toute la Suisse au 142 depuis le 1er mai 2026, gratuit, anonyme, 24 h/24 et 7 j/7.
  • Québec : SOS violence conjugale, 1 800 363-9010, 24 h/24 et 7 j/7, ou par texto au 438 601-1211. Ailleurs au Canada, les lignes provinciales et territoriales sont recensées sur ShelterSafe.ca.

Ailleurs, les services d’urgence de votre pays peuvent vous orienter vers une aide proche de chez vous.

Questions fréquentes

La jalousie est-elle un signal d’alarme ?

Une jalousie ponctuelle, dont on parle ouvertement, fait partie de bien des relations. Elle devient un signal d’alarme quand elle mène à des accusations, à de la surveillance, à des restrictions sur les personnes que vous pouvez voir ou à des colères qui vous font peur.

Une personne violente peut-elle changer ?

Certaines personnes changent, mais cela suppose qu’elles reconnaissent pleinement le mal causé, qu’elles cessent de rejeter la faute sur les autres et, en général, qu’elles suivent un programme spécialisé sur une longue durée. Les promesses et les excuses ne suffisent pas à faire un changement. Votre sécurité ne doit pas dépendre de cette attente.

Pourquoi est-il si difficile de partir ?

La peur, l’amour, la dépendance financière, les enfants, l’isolement, la honte, les menaces ou l’espoir de retrouver la relation des débuts : les raisons sont nombreuses, et aucune n’est une faiblesse. Le départ peut aussi être le moment le plus dangereux, d’où l’intérêt de le préparer avec un service spécialisé.

Peut-on parler de violence sans violence physique ?

Oui, dans bien des cas. Le contrôle, l’humiliation permanente, les menaces, le contrôle de l’argent et l’isolement sont des formes reconnues de violence. Certains pays les sanctionnent explicitement, comme l’Angleterre et le pays de Galles pour le contrôle coercitif, ou la France pour le harcèlement moral au sein du couple.

Sources

  • Organisation mondiale de la santé. Violence à l’encontre des femmes. Aide-mémoire.
  • Centers for Disease Control and Prevention. About intimate partner violence (en anglais).
  • Serious Crime Act 2015, section 76: Controlling or coercive behaviour in an intimate or family relationship (en anglais).
  • Code pénal (France), article 222-33-2-1.
  • Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. Oxford University Press.
  • Gottman, J. M. et Silver, N. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work. Crown Publishers. Traduction française : Les couples heureux ont leurs secrets, Pocket, 2006.
  • Sweet, P. L. (2019). The sociology of gaslighting. American Sociological Review, 84(5), 851-875. doi:10.1177/0003122419874843
  • Glass, N., Laughon, K., Campbell, J., Block, C. R., Hanson, G., Sharps, P. W. et Taliaferro, E. (2008). Non-fatal strangulation is an important risk factor for homicide of women. Journal of Emergency Medicine, 35(3), 329-335. doi:10.1016/j.jemermed.2007.02.065
  • Campbell, J. C., Webster, D., Koziol-McLain, J., Block, C., Campbell, D., Curry, M. A., Gary, F., Glass, N., McFarlane, J., Sachs, C., Sharps, P., Ulrich, Y., Wilt, S. A., Manganello, J., Xu, X., Schollenberger, J., Frye, V. et Laughon, K. (2003). Risk factors for femicide in abusive relationships: Results from a multisite case control study. American Journal of Public Health, 93(7), 1089-1097. doi:10.2105/AJPH.93.7.1089