Comment entretenir la flamme dans un couple qui dure

Au début d’une relation, tout semble couler de source : l’autre occupe vos pensées toute la journée, chaque conversation a un goût de nouveauté et le temps passé ensemble paraît toujours trop court. Quelques années plus tard, entre le travail, les tâches ménagères et parfois les enfants, le même couple peut se surprendre à ne plus parler que d’emplois du temps. Beaucoup en concluent que la flamme s’est éteinte, et que c’est le prix à payer d’une longue relation.
La recherche raconte une histoire plus encourageante. L’intensité des premiers mois change, c’est vrai, mais l’amour passionné n’est pas condamné à disparaître, et certaines des choses qui l’entretiennent sont étonnamment simples. Ce guide explique ce que devient la passion avec le temps et présente sept habitudes qui aident les couples à la garder vivante.
La flamme finit-elle toujours par s’éteindre ?
En partie, oui. La satisfaction conjugale baisse souvent une fois la lune de miel passée. Dans une étude qui a suivi 218 couples pendant leurs huit premières années de mariage, Brian Doss et ses collègues ont observé une baisse progressive de la qualité de la relation, y compris chez les couples sans enfant, et une chute plus nette après la naissance d’un premier enfant, d’ampleur comparable chez les mères et chez les pères.
Mais une baisse de la satisfaction moyenne ne signifie pas que la passion est perdue. Dans une synthèse de la recherche, Bianca Acevedo et Arthur Aron concluent que l’amour romantique, avec son intensité, son engagement et son désir, peut exister et existe bel et bien dans les mariages de longue durée. Ce qui tend à disparaître, c’est la dimension obsessionnelle des débuts : l’inquiétude permanente, le besoin constant de réassurance. Dans leur méta-analyse de 25 études, l’amour romantique sans obsession était fortement lié à la satisfaction, dans les relations longues comme dans les plus récentes.
Une passion durable, est-ce rare ? Dans un échantillon aléatoire de 274 personnes mariées aux États-Unis, K. Daniel O’Leary et ses collègues ont constaté que 40 % de celles qui étaient mariées depuis plus de dix ans se disaient « très intensément amoureuses ». Ces personnes avaient quelques points communs : elles pensaient à leur partenaire de façon positive, y pensaient aussi en son absence, se montraient affectueuses, avaient une vie sexuelle active, partageaient des activités nouvelles et stimulantes, et étaient globalement satisfaites de leur vie.
Ces résultats dessinent des pistes concrètes.
1. Vivez des choses nouvelles ensemble
Le modèle de l’« expansion de soi » du psychologue Arthur Aron part d’un constat simple : si les débuts amoureux sont si grisants, c’est en partie parce que l’autre ouvre de nouveaux mondes, de nouvelles idées, de nouvelles expériences. Une fois que l’on se connaît bien, cette expansion ralentit, et l’ennui peut s’installer.
Le remède : la nouveauté partagée. Dans une expérience de Charlotte Reissman, Arthur Aron et Merlynn Bergen, 53 couples mariés ont consacré une heure et demie par semaine, pendant dix semaines, à des activités de leur choix. Les couples à qui l’on avait attribué des activités « stimulantes » se sont révélés plus satisfaits de leur mariage que ceux qui pratiquaient des activités simplement « agréables ». Plus tard, en laboratoire, Aron et ses collègues ont montré que sept minutes passées ensemble sur une tâche nouvelle et un peu exigeante suffisaient à améliorer le regard que les partenaires portaient sur leur relation, par rapport à une tâche banale.
La nouveauté n’a pas besoin de coûter cher. Une randonnée inconnue, un cours de cuisine, un nouveau sport, une ville que vous ne connaissez pas, un projet mené en équipe : l’essentiel est que ce soit nouveau pour vous deux et que cela demande un petit effort.
2. Gardez votre curiosité pour l’autre
Avec les années, on change. Les soucis, les ambitions et les goûts évoluent, et la personne que vous pensez connaître par cœur a peut-être changé sans que vous l’ayez remarqué. John Gottman appelle « cartes de l’amour » (love maps) la connaissance détaillée que chaque partenaire a du monde intérieur de l’autre, et il insiste sur la nécessité de les mettre à jour régulièrement.
Posez de vraies questions, celles auxquelles on ne peut pas répondre par « ça va » : qu’est-ce qui te réjouit pour ce mois-ci ? Qu’est-ce qui te trotte dans la tête en ce moment ? Y a-t-il quelque chose que tu aimerais essayer et que nous n’avons jamais fait ? La curiosité est une forme d’attention, et l’attention, une forme de désir.
3. Protégez du temps à deux
Les couples très occupés perdent rarement leur complicité du jour au lendemain. Elle s’effiloche parce que le temps passé ensemble arrive en dernier sur la liste. Quelques rituels aident : un café pris ensemble avant de commencer la journée, dix minutes pour se raconter sa journée sans écran, une soirée ou une matinée du week-end qui n’appartient qu’à vous deux.
Ces rituels n’ont pas besoin d’être romantiques pour fonctionner. Leur valeur tient à leur régularité : semaine après semaine, ils rappellent aux deux partenaires que la relation est une priorité, et pas seulement ce qui reste une fois tout le reste fait.
4. Fêtez les bonnes nouvelles de l’autre
La façon dont vous réagissez quand votre partenaire partage une bonne nouvelle compte beaucoup. Shelly Gable et ses collègues ont montré que les personnes dont les bonnes nouvelles sont habituellement accueillies avec un intérêt actif et enthousiaste décrivent une relation plus satisfaisante et plus intime. Dans un couple installé, on glisse facilement vers un « c’est bien » distrait. Poser des questions, partager l’enthousiasme et y revenir plus tard entretient le sentiment de jouer dans la même équipe.
C’est l’un des signes les plus clairs que votre partenaire vous aime vraiment, et l’un des plus faciles à rendre.
5. Cultivez l’affection et l’admiration
Gottman voit dans l’affection et l’admiration l’un des piliers des couples qui durent. Avec le temps, on est tenté de ne plus remarquer chez l’autre que ce qui agace : les retards, le désordre, les manies que l’on trouvait autrefois charmantes. Prêter délibérément attention à ce que vous appréciez, et le dire à voix haute, contrebalance cette pente.
Donnez des détails : « J’ai adoré ta façon de gérer cet appel avec ta sœur » en dit plus qu’un vague « tu es formidable ». Des marques d’appréciation modestes et régulières comptent davantage qu’un grand discours occasionnel. Notre guide pour construire la confiance et l’intimité explique pourquoi cette gratitude du quotidien rapproche.
6. Prenez soin des gestes tendres et du désir
La proximité physique ne se résume pas à la sexualité : un câlin, une main tenue en marchant, un moment côte à côte sur le canapé. Ces gestes entretiennent le sentiment de proximité même dans les périodes chargées, et ils facilitent souvent le retour du désir.
Quant à la sexualité elle-même, il n’y a pas de norme à atteindre. Dans trois études portant sur plus de 30 000 personnes, Amy Muise, Ulrich Schimmack et Emily Impett ont constaté que le bien-être augmentait avec la fréquence des rapports sexuels jusqu’à environ une fois par semaine ; au-delà, davantage de rapports n’allait plus de pair avec davantage de bien-être. Autrement dit, inutile de courir après un chiffre idéal. Ce qui compte davantage, c’est que chaque partenaire se sente libre de parler de ses envies, y compris quand elles diffèrent, ce qui est très fréquent.
7. Gardez une vie à vous
Cela peut sembler paradoxal, mais la proximité seule ne nourrit pas toujours le désir. Dans L’intelligence érotique, Esther Perel, thérapeute de couple, défend l’idée que le désir a besoin d’un peu de distance : l’attirance renaît souvent quand on voit l’autre dans son élément, quand une passion l’anime, quand sa confiance en soi se voit, quand d’autres l’admirent, et pas seulement dans le rôle familier de coparent ou de colocataire.
Garder vos propres amitiés, vos centres d’intérêt et vos projets ne menace donc pas la relation. Dans l’étude d’O’Leary, avoir des passions en dehors de la relation allait de pair avec un amour plus intense, du moins chez les femmes. Rapportez ce que vous découvrez de votre côté : vous donnez ainsi à votre partenaire de nouvelles raisons de s’intéresser à vous.
Quand le couple ressemble à une colocation
Toutes les relations longues traversent des périodes plus plates : un bébé, un travail prenant, une maladie, un déménagement. Savoir que ces phases sont fréquentes peut alléger la pression. L’important est de ne pas laisser la distance s’installer sans en parler.
Commencez par une conversation calme sur ce qui vous manque plutôt que sur ce que l’autre fait mal (« nos soirées en amoureux me manquent » passe mieux que « on ne fait plus jamais rien »). Notre guide pour mieux communiquer en couple propose des façons d’aborder le sujet sans déclencher de dispute.
Prêter délibérément attention à la relation peut changer beaucoup de choses. Dans une étude de Ronald Rogge et ses collègues, 174 couples fiancés ou jeunes mariés ont été répartis entre différents programmes. Trois ans plus tard, 24 % des couples qui n’avaient rien reçu s’étaient séparés, contre 11 % de ceux qui avaient suivi l’un des programmes, y compris une séance unique consacrée simplement à réfléchir à leur propre relation. Si la distance persiste malgré vos efforts, une thérapie de couple, ou une sexothérapie quand le désir est au cœur du problème, peut vous aider à vous retrouver.
Questions fréquentes
Est-ce normal que la flamme faiblisse ?
Oui. L’intensité et l’obsession des premiers mois s’apaisent naturellement, et la satisfaction baisse souvent pendant les périodes exigeantes. Cela ne veut pas dire que l’amour a disparu. Beaucoup de couples trouvent une passion plus profonde et plus sereine, surtout quand ils continuent de vivre ensemble des expériences nouvelles.
Les sentiments amoureux peuvent-ils revenir ?
Souvent, oui. Les sentiments suivent les comportements plus qu’on ne le croit : retrouver du temps de qualité à deux, se redécouvrir à travers des activités nouvelles et exprimer son appréciation peuvent raviver des sentiments qui semblaient éteints. Si des rancœurs se sont accumulées, il faudra peut-être les aborder d’abord, parfois avec l’aide d’une thérapie.
Les enfants tuent-ils la flamme ?
Les enfants ne condamnent pas un couple, mais l’arrivée d’un premier enfant est souvent suivie d’une baisse de la satisfaction conjugale, que la recherche a observée chez les deux parents. Le savoir aide à l’anticiper : préserver un peu de temps à deux et répartir équitablement les tâches fait la différence.
À quelle fréquence un couple devrait-il faire l’amour ?
Il n’y a pas de bonne réponse. La recherche suggère que le bien-être n’augmente plus au-delà d’environ une fois par semaine, mais chaque couple est différent. L’essentiel est que les deux partenaires se sentent bien dans leur vie sexuelle et puissent en parler.
Sources
- Doss, B. D., Rhoades, G. K., Stanley, S. M. et Markman, H. J. (2009). The effect of the transition to parenthood on relationship quality: An 8-year prospective study. Journal of Personality and Social Psychology, 96(3), 601-619. doi:10.1037/a0013969
- Acevedo, B. P. et Aron, A. (2009). Does a long-term relationship kill romantic love? Review of General Psychology, 13(1), 59-65. doi:10.1037/a0014226
- O'Leary, K. D., Acevedo, B. P., Aron, A., Huddy, L. et Mashek, D. (2012). Is long-term love more than a rare phenomenon? If so, what are its correlates? Social Psychological and Personality Science, 3(2), 241-249. doi:10.1177/1948550611417015
- Reissman, C., Aron, A. et Bergen, M. R. (1993). Shared activities and marital satisfaction: Causal direction and self-expansion versus boredom. Journal of Social and Personal Relationships, 10(2), 243-254. doi:10.1177/026540759301000205
- Aron, A., Norman, C. C., Aron, E. N., McKenna, C. et Heyman, R. E. (2000). Couples' shared participation in novel and arousing activities and experienced relationship quality. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 273-284. doi:10.1037/0022-3514.78.2.273
- Gottman, J. M. et Silver, N. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work. Crown Publishers. Traduction française : Les couples heureux ont leurs secrets, Pocket, 2006.
- Gable, S. L., Reis, H. T., Impett, E. A. et Asher, E. R. (2004). What do you do when things go right? The intrapersonal and interpersonal benefits of sharing positive events. Journal of Personality and Social Psychology, 87(2), 228-245. doi:10.1037/0022-3514.87.2.228
- Muise, A., Schimmack, U. et Impett, E. A. (2016). Sexual frequency predicts greater well-being, but more is not always better. Social Psychological and Personality Science, 7(4), 295-302. doi:10.1177/1948550615616462
- Perel, E. (2006). Mating in Captivity: Reconciling the Erotic and the Domestic. HarperCollins. Traduction française : L’intelligence érotique : faire vivre le désir dans le couple, Robert Laffont, 2007.
- Rogge, R. D., Cobb, R. J., Lawrence, E., Johnson, M. D. et Bradbury, T. N. (2013). Is skills training necessary for the primary prevention of marital distress and dissolution? A 3-year experimental study of three interventions. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 81(6), 949-961. doi:10.1037/a0034209
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